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Extraits - Le CoreVIH répond à vos questions sur COVID-19/confinement - Jeudi 7 mai 2020 17h-18h30
Posté le 28/04/2020 10:25:22

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Veuillez trouver ci-dessous un extrait des questions/réponses abordées lors de ce 2ème temps d'information et d'échanges virtuel organisé par le CoreVIH IdF Ouest sur la thématique Covid 19/dé.confinement en lien avec le VIH, les IST et/ou la santé sexuelle le jeudi 5 mai 2020. Merci encore à tou.te.s les participant.e.s pour votre participation active !
 

Vie affective et sexuelle et Covid-19

 

Quelles sont les voies de transmission du SARS-CoV2, le virus responsable de la maladie « Covid-19 » ? Le SARS-CoV2 est-il transmissible lors des relations sexuelles ?

Dr Vincent Daneluzzi : Le SARS- CoV2, le virus à l’origine de la maladie Covid-19, est un virus à transmission principalement respiratoire. Il se transmet le plus souvent par les postillons. C’est pourquoi, pour s’en protéger il faut respecter les « mesures-barrière », la distanciation physique et le port d’un masque quand on est plus proche des gens qui nous entourent (dans les transports en commun, par exemple). Pendant le rapport sexuel, il n’y a pas de transmission par contact génital direct, comme pour la syphilis, la gonorrhée ou le VIH. En revanche, la grande proximité physique pendant un rapport sexuel permet l’échange de postillons  ou de salive pendant un baiser, et cela favorise fortement la transmission du SARS-CoV2.

 

Des écrits scientifiques ont démontré la présence du SARS-CoV2 dans les selles. Aussi, peut-il être présent dans les muqueuses vaginales ou anales ?

Dr Vincent Daneluzzi : La majorité des personnes infectées par le SARS-CoV2 présentent un tableau clinique respiratoire, ils toussent, ils ont des difficultés pour respirer,  seulement une minorité de personnes présentent plutôt un tableau digestif : mal au ventre, diarrhée. Dans ce cas, en cas de rapport sexuel par voie anale ou avec contact de la muqueuse de l’anus, éventuellement on peut croiser ce virus à ce niveau-là, mais il n’y a pas encore de certitude.

Pr Elisabeth Rouveix : Certaines études ont confirmé la présence de virus dans les selles par PCR sans données quantitatives. En cas de présence du virus dans la muqueuse de l’anus ou du périnée, pour qu’il y ait contamination par le virus SARS Cov 2, il faut qu’il y ait également contact avec une muqueuse réceptive, à savoir les muqueuses respiratoires.

 

Avant le confinement, j’ai discuté avec quelqu’un et là, on va se rencontrer, qu’est-ce qu’il faut faire ? Déjà est-ce qu’il va falloir mettre le masque ? Je ne sais pas comment cela va se passer ? Est-ce qu’il y a des risques d’attraper le Covid-19 ? Il faut quand même qu’on discute ?

Dr Vincent Daneluzzi : C’est un drôle de moment pour rencontrer quelqu’un, mais c’est génial, la vie continue ! C’est tout à fait normal d’avoir envie d’embrasser quelqu’un, d’avoir des relations sexuelles avec quelqu’un. Maintenant, la balle est dans votre camp. Est-ce que vous avez envie d’embrasser la personne tout de suite et d’avoir des rapports sexuels avec elle tout de suite ? Est-ce que vous avez envie dans un premier temps de vous rencontrer sur un banc en respectant une distance  de 2 mètres ? C’est tout à fait possible. Vous n’avez même pas besoin de masque si vous êtes dehors et que vous discutez à 2 mètres l’un de l’autre. C’est tout ça, qu’il faut prendre en compte. Et si la rencontre se passe bien, peut-être que vous aurez envie de l’embrasser. A part s’il a de la fièvre, qui pourra savoir si lui ou vous êtes porteur du virus SARS-CoV2 ? Personne ne pourra répondre à cette question. Donc, moi ce que je pense dans votre situation, c’est qu’il faut organiser cette 1ère rencontre, et pas besoin de porter un masque si vous restez à 2 mètres l’un de l’autre. Et si ça va plus loin, et bah, effectivement vous allez mesurer le risque : je n’ai pas de fièvre, toi non plus, tu ne tousses pas, moi non plus. Bon et bah, a priori, on n’est pas porteurs du virus.

 

 

Travail des associations VIH et Covid-19

 

Quelles recommandations pour les associations recevant des PvVIH ? Qu’est-ce que vous recommander pour recevoir les gens ? Est-ce qu’on doit être 2 ou est-ce qu’on peut être plus (3 ou 4) ?

Dr Frédéric Goyet : Il s’agit de réduire au maximum les échanges et la proximité et donc de privilégier l’accueil individuel avec une distance physique avec la possibilité d’avoir un accompagnant. Par exemple, éviter la présence d’un trop grand nombre de personnes dans la salle d’attente, en mettant 1 chaise sur 2. Il est tout possible de mettre un masque en tissu. A ce jour, l’ARS IdF n’est pas en mesure de fournir des masques aux associations mais les associations ont la possibilité d’acheter des masques avec leur dotation ARS.

 

Quels sont vos conseils en RdR (Réduction des Risques) pour les équipes des maraudes associatives intervenant auprès des travailleuses du sexe exerçant dans la rue et qui n’ont pas nécessairement accès à l’eau et au savon pour se nettoyer les mains ?

Pr Elisabeth Rouveix : Concernant le lavage des mains pour ces personnes, nous n’avons pas vraiment de solution. Concernant les mesures barrières respiratoires, quand on est à moins d’1 mètre pendant plus de 10 ou 15 minutes avec une personne, il est utile de porter un masque chirurgical ou un masque maison. C’est déjà un geste barrière si une personne ou les 2 personnes met.tent quelque chose entre ce qui sort des poumons de chacun.

 

 

PvVIH et risque de contamination par le SARS Cov 2 (Covid 19)

 

Est-ce que les personnes VIH sont plus à risque que la population générale d’attraper le Ccovid-19 ? Et si oui, pourquoi une recherche Covid-19 chez les PvVIH (Personnes vivant avec le VIH) n’a pas été systématiquement effectuée ?

Pr Elisabeth Rouveix : A l’heure actuelle, au vu des données disponibles, on peut affirmer qu’il n’existe pas de susceptibilité particulière des PvVIH au Covid-19. Le VIH ne sensibilise pas, n’est un risque en soi de contracter la maladie Covid-19. De plus, les PvVIH n’ont pas non plus des formes plus graves que le reste de la population. En revanche, une PvVIH peut avoir d’autres facteurs de risque comme un surpoids, des problèmes d’obésité, des problèmes respiratoires antérieurs, des problèmes cardiaques antérieurs dont on sait qu’ils peuvent favoriser la gravité de la maladie Covid-19. Mais, le VIH en soi, n’augmente pas la possibilité d’être plus sensible au Covid-19 ni la gravité de la maladie Covid-19. Il demeure un doute pour les PvVIH avec une charge virale élevée et des CD4 bas, on suppose qu’ils sont plus susceptibles d’attraper le virus SARS Cov 2 et de développer une forme grave de la maladie Covid-19. Mais, il s’agit d’une supposition, nous n’avons pas de confirmation scientifique à ce jour. C’est pourquoi, il n’a pas été prévu de dépistage spécifique du virus SARS Cov 2 chez les PvVIH, ceci d’autant que le dépistage du virus SARS Cov 2 n’est valable qu’à un moment donné.

 

Il paraît que c’est par rapport à nos traitements (anti-VIH) que nous ne sommes pas contaminés par le Covid-19 ?

Dr Vincent Daneluzzi : Concernant l’effet protecteur du traitement anti-VIH sur le Covid-19, non cela n’existe pas. Je rappelle d’abord qu’aucun médicament n’est certifié efficace pour guérir les gens qui sont infectés par le SARS6CoV2. Malheureusement, il n’y en a pas. Il y a des gens qui ont fait des essais, des cohortes entières de patients qui ont été traités par ça ou ça, mais il n’y en a aucun qui soit réellement efficace à ce jour. Et les traitements anti-VIH, ils sont très efficaces contre le VIH, mais malheureusement, ils ne protègent pas du tout contre le Covid-19.

 

J’ai RDV avec le Dr pour mon suivi VIH le 23 mai, est-ce qu’on va me dépister pour le coronavirus ? Est-ce que les personnes qui vont se rendre à l’hôpital dans les semaines à venir pour autre chose qu’un Covid-19 vont systématiquement se faire dépister pour le SARS-CoV2 ?

Dr Vincent Daneluzzi : Dans l’hôpital, il y a d’un côté, les personnes porteuses du virus SARS-CoV2 et d’un autre côté, les autres patients, et on évite bien entendu de  croiser ces patients pour que les personnes indemnes n’attrapent pas le virus. Mais, toutes les personnes ne seront pas systématiquement dépistées.

Pr Elisabeth Rouveix : Les consultations VIH n’ont jamais vraiment arrêté. Tous les patients et tous les soignants auront des masques. Et on réaménage également les salles.

 

 

PvVIH, Covid-19, déconfinement et gestion des angoisses

 

Comment peut-on gérer nos angoisses à la reprise des transports ?

Sabine Noël : Le déconfinement est potentiellement plus anxiogène que le confinement, ceci pour différentes raisons. Tout d’abord, le déconfinement ne se déroule pas dans les conditions souhaitées, à savoir dans un contexte où il n’y plus de virus et donc aucun risque. Il nous faut vivre avec l’idée que le virus est toujours là. Pendant les 2 mois de confinement, nous avons vécu avec le sentiment que le risque était bien identifié. Il y avait l’intérieur avec le domicile et l’extérieur qui était le reste du monde et le virus. Certains parfois ne sont pas du tout sortis, d’autres un peu plus. A l’aune du déconfinement, il nous semble que la 1ère chose à faire, c’est premièrement de se rassurer avec les propos généraux des médecins et le sien (généraliste et /ou spécialiste) si il y a des comorbités associées ou une anxiété majeure. Ensuite, il est important de sortir progressivement, petit à petit,  pour pouvoir se réadapter à l’univers environnant. Il est nécessaire de bien respecter les gestes barrières. En résumé, il n’y pas de solution miracle, mais il faut y aller progressivement, à son rythme. Par rapport aux transports, c’est la même chose. Plus vous pourrez sous appuyer sur les outils pour maîtriser le risque, c’est-à-dire des masques, du gel, mesures barrières  respectées et surtout une parole rassurante de vos médecins, plus vous arriverez à vous autoriser, à vous dire que vous pouvez vivre, à supporter l’idée qu’il y a un risque autour de vous.

 

Est-il nécessaire de jeter ses vêtements en rentrant chez soi près avoir fait ses courses ?

Dr Vincent Daneluzzi : Depuis le 8 mars 2020, je travaille dans une unité Covid et le soir, lorsque je rentre chez moi, je me lave les mains et c’est tout. Le degré d’inquiétude, de stress, d’obsessionnalité varie selon les individus. Chacun doit trouver son truc pour se rassurer et faire diminuer le plus possible le degré d’inquiétude.

Pr Elisabeth Rouveix : Il est par ailleurs nécessaire de se rappeler que la majorité des transmissions du virus SARS Cov 2 se fait par voie respiratoire, et très un peu par contact dans la mesure où le virus ne reste pas longtemps sur les surfaces. Il faut rappeler que chacun doit aller à son rythme et arriver à se dire que chacun a les moyens de prendre soin de lui-même en respectant toujours ces fameux gestes barrières. On n’est pas totalement impuissant face à ce virus.

Sabine Noël : Pendant les 2 mois de confinement, on n’a pas vécu les choses de la même manière et pour ceux qui ne sont pas sortis du tout, c’est compliqué de ressortir et de se rassurer. Et pour faire le lien avec ce qui a été dit au sujet du VIH, parce que vous avez déjà été fortement touché dans votre corps, vous connaissez ce que c’est que la maladie, la vulnérabilité liée à une maladie, vous êtes forcément plus vulnérables moralement. Vous avez déjà vécu beaucoup de choses difficiles pour beaucoup d’entre vous. Mais, le risque que nous connaissons actuellement, il est beaucoup plus maitrisable à partir du moment où vous respectez les gestes barrières. Et pour refaire le lien avec la douche, la douche à l’hôpital, c’est vraiment la tarte à la crème entre personnels hospitaliers. D’une personne à l’autre, il y a ceux qui vont se précipiter à la douche en rentrant chez eux et ceux que non. Il s’agit de sentir à l’aise avec soi dans son corps au-delà des gestes barrières.

 

Les dispositifs de soutien psychologique existant pendant le confinement vont-t-ils perdurer après le déconfinement ?

Sabine Noël : A priori, oui, que ce soit le dispositif de la Croix Rouge ou celui du gouvernement.

Dr Frédéric Goyet : Il n’est pas prévu d’arrêter les dispositifs de soutien mis en place pendant le confinement. A l’ARS, on anticipe bien le fait que le déconfinement va être plus difficile à vivre et qu’en plus ça va s’inscrire sur la durée.

 

Témoignage d’une PvVIH concernant son anxiété par rapport au fait que contrairement à elle, ses enfants sortent et rentrent et peuvent ramener le virus SARS-CoV2 à la maison. Est-ce qu’on est plus fragile ? Est-ce qu’on doit suivre des mesures plus que les autres personnes ? Est-ce que je peux sortir faire mes courses en respectant les gestes barrières ? Est-ce que je peux faire un câlin à mes enfants simplement en mettant un masque ? Leur faire des baisers ? Et avec mon conjoint qui travaille à l’extérieur, est-ce que mettre un masque pour faire l’amour est suffisant ?

Dr Vincent Daneluzzi : La vie en 2020 en France, c’est avec du coronavirus qui circule, c’est comme ça on n’y peut rien. Maintenant, il ne faut pas que ça vous empêche de vivre. Je ne vous connais pas, Madame, je ne sais pas si vous prenez un traitement immunosuppresseur ou pas, je ne connais pas votre taux de CD4 si vous avez le VIH mais, si vous n’êtes pas dans les personnes dites à risque, autrement dit si vous n’êtes pas une personne âgée de plus de 70 ans, obèse, avec un cœur qui ne fonctionne plus, ou une insuffisance respiratoire grave, votre risque à vous, il n’est pas plus important que le mien. On ne peut pas totalement supprimer le risque d’attraper le SARS-CoV2, on peut simplement mettre en place les meilleures mesures pour ne pas l’attraper. Mais, cela ne doit pas vous empêcher de faire un bisou à votre enfant, de passer du bon temps avec votre ami, tant qu’il n’a pas de fièvre et qu’il ne tousse pas. Vous allez petit à petit mettre des choses en place pour vous protéger et pour vous rassurez.